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Les Romains et les spectacles

Les Romains apprécient beaucoup les spectacles . Les représentations sont fréquentes et variées, données d'abord dans des structures en bois, puis dans des constructions permanentes, parfois de très grande taille, édifiées pour les accueillir : amphithéâtre, cirque, théâtre . Ceux-ci se multiplient à travers l'empire à partir du 1er siècle après Jésus-Christ. Mais les Romains construisent également des stades où, entre autres spectacles, ont lieu des concours sportifs tels que les pratiquaient les grecs, et des odéons, où sont donnés des concerts.

 

 

La porte centrale était réservée au personnage principal et les deux portes latérales, plus petites, réservées aux hôtes et aux personnages secondaires.
    Identifiez les sur le cliché du théâtre grec de Taormine (transformé par les romains)et sur ceux de Leptis Magna et d'Orange.

    La scène est-elle plus étroite ou plus profonde que dans le théâtre grec? Comparez les clichés d'Épidaure et d'Orange.

    L'orchestra des théâtres romains est dallée de marbres, voire de mosaïques.
    Que peut-on déduire de l'origine du dallage de l'orchestre du théâtre de Dionysos à Athènes?

    Le proscaenium est soutenu par un mur décoré dont vous voyez un exemple à Leptis Magna (2).
    Ces niches étaient décorées de petites statues ou de jets d'eau.

 

 

"L'acteur-roi". Fresque d'Herculanum, (39 x 39 cm.).
Naples, Musée archéologique.
Source : Antonio Varone et Erich Lessing, Pompéi, Ed. Terrail, Paris 1995, p. 182.

 

2. Les différents spectacles et les différents lieux de spectacle

Il n'est pas possible de parler du théâtre romain sans faire référence au théâtre grec, car le théâtre romain est un phénomène importé de Grèce

En Grèce, il n'y a qu'un seul et même lieu, le théâtre, où se donnent trois types de représentations différentes : tragédie, comédie, drame satyrique. 

A Rome, il y a 2 types de théâtre, : le théâtre, pour les représentations dramatiques (plus ou moins comme en Grèce) et les pantomimes ; l'odéon, un théâtre plus petit, réservé aux spectacles lyriques, lecture de textes poétiques avec accompagnement musical, selon la tradition grecque .

Le théâtre est un vaste hémicycle : 27'000 places dans le théâtre de Pompée.

3. Théâtre grec et théâtre romain : quelles différences ?

Il faut faire d'emblée deux précisions :

- C'est le théâtre grec qui a "fait" le théâtre romain, mais la spécificité du théâtre romain a légèrement modifié l'architecture du monument, ainsi que la structure et le contenu des spectacles dramatiques.

- Quand le spectacle est typiquement romain (combats de gladiateurs), il suscite une architecture originale (amphithéâtre) : "circumspectacle" et substructures, qui n'existent pas en Grèce et qu'on ne voit encore dans l'amphithéâtre de Pompéi, le plus ancien d'Italie.

L'architecture du théâtre romain se modifie.

L'orchestra du théâtre romain n'est plus occupée par le choeur, mais elle est partiellement réservée aux spectateurs de marque. La scène est plus profonde  et plus basse que celle du théâtre grec . Le décor est formé par un gigantesque mur de scène , orné de colonnades et de statues, percé de trois portes. Le public accède aux divers étages de l'hémicycle (cavea ) par des passages voûtés (vomitoria), rendus possibles par la structure même de la cavea, qui, au lieu de prendre appui sur une colline, élève ses voûtes et ses colonnades en terrain plat.

Quelques villes de province ont utilisé les pentes naturelles pour construire des gradins à la façon grecque, mais ce n'est le cas pour aucun des trois théâtres de Rome, où pourtant les collines ne manquent pas !

Un velum (= un voile tendu au-dessus de la cavea pour protéger les spectateurs du soleil) peut être tendu au-dessus de l'hémicycle .

Plans comparés d'un théâtre grec (à gauche) et d'un théâtre romain (à droite)
 
Théâtre grec

1. theatron, 2. thumelê

3. orkhêstra, 4. parodos, 5. proskênion, 6. skênê

Théâtre romain

7. cavea, 8. vomitoria, 

9. sièges d'honneur, 

10. vomitorium principal,

11. proscenium (pulpitum), 12. frons scenae, 13. scena


 

4. Le théâtre romain : du religieux au littéraire

A l'origine du théâtre romain, il semble y avoir eu de grandes processions religieuses, dans lesquelles danseurs et mimes (certains d'origine étrusque) figurent une sorte de mascarade sacrée, destinée à réjouir les dieux dont on promène solennellement les statues en ces jours de fête. Selon Tite-Live , la première représentation théâtrale publique à Rome (en 364 av. J.-C.) a bien eu une fonction religieuse : on fit venir d'Etrurie des danseurs et des musiciens pour apaiser la colère des dieux, manifestée au travers d'une épidémie, en représentant des pantomimes. Tite-Live donne le nom de saturae ("pot-pourri") à ces représentations dramatiques d'époque ancienne, qui combinent chant, musique et danse mimétique. Ces représentations sont aussi à l'origine de la "satire", forme littéraire mixte, à demi-théâtrale, qui est un commentaire sur des sujets d'actualité.

Ce lien entre théâtre et phénomène religieux n'est pourtant plus du tout perçu trois siècles plus tard, à l'époque des constructions des théâtres à Rome.

Il faut relever que le goût des Romains pour le "spectaculaire" est ancien et constant et se retrouve partout (cérémonies, processions triomphales ou funéraires, goût pour l'éloquence ... ) : il y a toujours eu, en Italie, des spectacles donnés par des comédiens ambulants, sur des tréteaux provisoires devant un public debout.

Au 3e s., les pantomimes n'ont plus lieu dans un cadre religieux.

Plus tard, sous l'influence grecque, de véritables pièces, tragédies et comédies, sont jouées sur une scène : les poètes, imitant les oeuvres hellénistiques, les adaptent, tout en conservant certains caractères proprement italiens et latins préexistants à cette importation, qu'on trouve chez les personnages des farces atellanes. Le public connaissait déjà, grâce aux comédiens ambulants qui parcouraient les bourgades d'Italie centrale ces personnages typés : Maccus, l'imbécile ; Dossenus, le bossu ; Pappus, le vieux barbon etc.

En 240 av. J.-C. sont représentées à Rome pour la première fois des "pièces à texte". Cette innovation se fait dans le cadre des ludi Romani (particulièrement somptueux cette année-là, pour fêter la fin de la première guerre punique) . On y représente une tragédie et une comédie de Livius Andronicus, inspirées d'une tragédie et d'une comédie grecques.

 

5. Les construction des théâtres : du provisoire au permanent

Si les cirques ont toujours existé à Rome, ce n'est pas le cas des théâtres. La résistance à la construction des théâtre permanents en pierre est un problème proprement romain.

En suivant les indications données par Valère Maxime (II, 4, 1-4 et 6), nous pouvons reconstituer les trois étapes qui ont mené à la victoire des théâtres permanents.

1e étape : des premiers jeux scéniques (364) à la fin du 3e siècle

Les pièces de Plaute, Térence, Ennius, Pacuvius sont jouées sur des scènes provisoires, qu'on monte pour chaque représentation, dans un lieu qui n'est pas fixe : sur le Forum (pour les jeux funèbres), dans le Grand Cirque (pour les jeux annuels : Ludi Romani ou Ludi Plebei ), devant un temple (pour les jeux dédiés à un dieu). Les spectateurs restent debout.

2e étape : Jusqu'en 55 av. J.-C., les théâtres sont toujours provisoires. En 160, une première construction n'aboutit pas : les travaux commencés sont arrêtés et démolis, le matériel vendu aux enchères et le Sénat interdit d'élever des gradins à l'intérieur de la ville et à moins de mille pas hors de la ville pour cause d'immoralité publique.

Mais les théâtres, même provisoires, deviennent de plus en plus confortables et luxueux. Au 1er siècle, viennent s'ajouter à la structure rudimentaire des aménagements plus élaborés. On voit apparaître le velum , le mur de scène (très richement décoré), le rideau de scène et les décors. La première mention du rideau de scène date de 133 à propos d'une tenture de très grand prix provenant de la succession du roi Attale. 

Le financement de la construction des théâtres ruine les magistrats donataires des Jeux. 

3e étape : En 55, Pompée fait construire, avec le butin de la guerre contre Mithridate, le premier théâtre de pierre de Rome sur le Champ de Mars (30'000 spectateurs). Pour le faire accepter des aristocrates, Pompée est obligé de le faire passer comme une simple dépendance d'un temple élevé à Venus Victrix, sa protectrice. Les gradins ne sont que l'escalier qui mène au temple ; face à cet escalier, on construit une scène, adossée à un immense portique, ainsi qu'une salle rectangulaire que Pompée offre au Sénat pour remplacer l'ancienne Curie, sombre et vieillotte. Le monument jouit ainsi d'une double garantie religieuse et politique : il est consacré et le Sénat s'y réunit.

Pourtant, le théâtre de Pompée, dans le Champ de Mars, n'est toujours pas dans la ville. Sous l'Empire, se construisent encore deux théâtres à Rome, le théâtre de Marcellus et celui de Balbus.

Comme Pompée, César avait voulu, lui aussi, faire construire un théâtre ; il avait même acheté à cet effet un terrain près du Capitole : le théâtre aurait été adossé à la pente, comme celui de Dionysos à Athènes. Ce projet reste en panne. Auguste réalise cette construction, sur un terrain différent, proche du temple d'Apollon. Le théâtre dit "de Marcellus" (14'000 places) est inauguré lors des Jeux Séculaires de 17 av. J.-C., sous l'invocation d'Apollon.

Dans le même temps, se construit sur le Champ de Mars, le théâtre de L. Cornelius Balbus (inauguré en 13 av. J.-C. : 7000 places).

Comme ces espaces ne suffisent pas, on continue de construire des théâtres temporaires.

C'est paradoxalement le gigantisme de ces constructions qui va, à relativement court terme, causer la mort du théâtre, que ces hémicycles nouveaux étaient justement censés promouvoir, malgré les prouesses acoustiques des ingénieurs, les masques des acteurs censés porter la voix, le texte ne pouvait tout simplement pas être à la portée d'un tel auditoire !

6. Rôle social du théâtre : deux conceptions différentes en Grèce et à Rome

Si les Romains ont adapté l'architecture des théâtres grecs à leurs propres besoins, cette adaptation révèle aussi une conception complètement différente du spectacle et de son rôle dans la vie de la cité.

On peut schématiquement dire les choses comme ceci :

Le théâtre grec est un lieu ouvert du point de vue architectural. Il est adossé à une pente naturelle, à ciel ouvert, le regard des spectateurs voit le décor naturel qu'est le paysage. C'est la même chose sur le plan social et politique : c'est un édifice à caractère religieux et démocratique dont toutes les places sont bonnes, un lieu de pédagogie politique, étroitement lié à la vie de la cité.

L'architecture d'un théâtre romain en fait un lieu fermé sur soi. Les innovations techniques (apparition du béton à la fin du 3ème siècle, invention de l'arc) permettent de construire des théâtres et des amphithéâtres qui reposent sur un substrat constitué d'un réseau de galeries. C'est pourquoi la pente des gradins est créée artificiellement par une série d'arcs et de voûtes ; le public accède aux différentes places par un réseau de galeries qui évite de mettre en contact les spectateurs de classes sociales différentes (voir l'exemple très convaincant de l'amphithéâtre de Nîmes). De plus, le regard des spectateurs est arrêté par un gigantesque mur de scène, un velum peut même être tendu au-dessus de l'hémicycle, achevant d'isoler le spectateur du reste de la ville.

Comme aujourd'hui, à l'époque romaine, le théâtre est un lieu où se réunir et se faire voir, où même créer des occasions amoureuses.

Ceci n'est qu'une apparence de démocratie : la distribution du public dans la cavea , reproduisant strictement la hiérarchie sociale, est anti-démocratique au possible. Dans la même idée de différenciation sociale, il est obligatoire de porter la toge pour assister aux représentations.

Au départ, les spectateurs étaient debout, ce qui ne permettait pas de distinction.

Lors des Jeux Plébéiens de 200, apparaissent des sièges temporaires ; en 195, les sièges sont séparés pour les sénateurs et le peuple. Auguste met en place une stricte hiérarchisation des places du théâtre, dont les gradins se présentent en trois "couronnes" concentriques.

Les loges d'honneur sont réservées au président des jeux, aux Vestales et, plus tard, à la famille impériale ; l'orchestra et la première "couronne" aux sénateurs  et aux chevaliers, assis, dès 68, dans les 14 premiers rangs juste derrière l'orchestra ; celle du milieu aux citoyens romains et, tout en haut des gradins prend place le peuple ; les esclaves et les étrangers restent debout sous le portique qui surmonte le dernier rang des gradins.

 

7. Le cadre des représentations théâtrales : les Jeux

Les représentations théâtrales ont toujours lieu dans le cadre des "Jeux publics" ( les Ludi ) ou à l'occasion de la dédicace d'un temple, des funérailles d'un membre d'une famille patricienne, d'un triomphe.

Qu'est-ce que les Jeux ? Cicéron les définit ainsi :

"Les Jeux publics sont de deux sortes, le cirque et le théâtre. Dans le cirque, on assiste aux concours, aux exhibitions d'athlètes, aux courses de chars. Au théâtre, on écoute des chants, de la musique vocale et instrumentale."

Tous les Jeux, quels qu'ils soient, s'articulent en trois parties (1/ procession inaugurale - 2/ jeux scéniques - 3/ un jour au moins de jeux du cirque) et prennent le nom du lieu où ils se déroulent : Ludi circenses (au cirque), Ludi scaenici (sur des tréteaux d'occasion ou, plus tard, dans des théâtres).

Avec le temps, les Jeux ne cessent de se multiplier et de se diversifier:

4-10 avril : Jeux de la Grande Mère

12-19 avril : Jeux de Cérès

28 avril - 3 mai : Jeux de Flore

6-16 juillet : Jeux d'Apollon

4-19 septembre : Jeux Romains

4-17 novembre : Jeux de la Plèbe.

Leur durée ne fait que croître : par exemple, les Jeux Romains, qui duraient originellement un jour, en comptent quinze sous Auguste ; les jeux qui, au départ, n'occupaient qu'une partie de la matinée, prennent l'entier de la journée et se prolongent tard dans la nuit.

 

8. Le donataire des Jeux : le dator ludi

Le spectacle est gratuit et ouvert à tous, mais sa mise au point représente, pour celui qui le finance, un investissement considérable. La dépense des jeux est souvent prise en charge par un magistrat (édile, praetor urbanus ) qui saisit cette occasion pour accroître sa popularité et ses chances d'être élu à des charges plus élevées.

Les Jeux ont toujours été un moyen de propagande politique ou électorale ; sous l'Empire, ils sont (avec les distributions de blé) l'un des instruments les plus efficaces de l'absolutisme et permettent de tenir sous contrôle la population urbaine, qu'il faut occuper et distraire.

Les hommes politiques ambitieux rivalisent d'imagination et de moyens pour étonner et charmer un public toujours plus exigeant : les jeux proposent des exhibitions toujours plus somptueuses, les théâtres se surchargent d'ornements.

 

9. Le spectacle : les gens de théâtre

Le dominus gregis

L'éditeur des jeux engage un entrepreneur de spectacles (dominus gregis ). Cet homme polyvalent, souvent acteur lui-même, assure les relations entre promoteur du spectacle, auteur de la pièce et acteurs de sa troupe. Il achète la pièce à un auteur (scriba), qu'il choisit en fonction de ses propres talents et dans laquelle il se réserve toujours le premier rôle.

Le dominus gregis est le chef d'une troupe qui comprend tous les artisans nécessaires à la réalisation du spectacle (acteurs, danseurs, musiciens), qui sont sous sa responsabilité.

Les acteurs et les danseurs

Les acteurs et les danseurs sont des esclaves ou des affranchis. Ils ont suivi une formation dramatique et sont organisés en troupes (grex, caterva ), dirigées par un chef de troupe (dominus gregis ). Il n'y a pas d'actrices, sauf dans les mimes et les comédies tardives ; les rôles féminins sont tenus par des hommes.

Le statut paradoxal de l'acteur

un esclave ...

L'acteur, esclave ou affranchi, n'est pas un citoyen : il est par conséquent mis au ban de la société romaine. A l'inverse, un citoyen qui fait l'acteur est noté d'infamie, dégradé par les censeurs et exclu de sa tribu. Ainsi, les citoyens romains n'ont pas à se mêler aux acteurs et on trouve cycliquement des mesures de sévérité à l'encontre des acteurs - et des spectateurs. Seule l'atellane, qui appartient au fond italique, fait exception et ne déshonore pas les acteurs. C'est, par ailleurs, le seul endroit où les comédiens ne sont pas masqués.

... et une star

Les acteurs de mimes ou de pantomimes sont de véritables stars. Leur salaire est augmenté des gratifications énormes qu'ils reçoivent. Riches et célèbres, ils sont socialement acceptés ; ils deviennent les favoris des grands et mènent une vie tapageuse. La pantomime, mise à la mode sous Auguste, notamment par Pylade de Cilicie et Bathylle d'Alexandrie, permet et favorise ce phénomène de vedettariat, puisque ce nouveau genre dramatique est entièrement organisé autour de la star, qui joue tous les personnages et dont les solos sont mis en valeur par les chanteurs, qui les reprennent en écho.

 

10. Les personnages et les costumes

Pour chaque rôle, il y a un répertoire de scènes cataloguées, dont le schéma gestuel est réglé d'avance : le "servus currens" , le "senex iratus" etc. Les comédiens se spécialisent donc dans certains rôles et les stars se font écrire des rôles sur mesure.

Le symbolisme des formes et des couleurs des costumes permet une identification immédiate des personnages. Selon une esthétique simple de la verticalité ou de l'horizontalité (qu'on retrouve dans les bandes dessinées ou les dessins animés, où souvent les méchants sont longs et anguleux et les gentils petits et ronds, ce qui permet de les distinguer au premier coup d'oeil), les acteurs portent de longues robes flottantes et de hautes chaussures (cothurnes) s'ils jouent des tragédies, des tuniques et chaussures plates (socus), s'ils jouent des comédies.
 
A gauche :

Acteur

Statue en terre cuite, Pompéi.

Source : Barry Cunliffe,.Rome et son Empire (1978), Armand Colin, Paris 1981, p. 156.

L'acteur représenté ici porte le masque d'un jeune homme de tragédie.

A droite :

Héroïne tragique. Statuette d'ivoire trouvée à Rieti, Paris, Bibl.du Petit Palais.

Source : Daniel Couty et Alain Rey, Le théâtre, Bordas, 1ère édition 1980, p. 15.

Noter l'allongement du personnage, peut-être Clytemnestre : onkos demesuré, hauts cothurnes, robe plissée.


 

Pour les pièces de sujet grec (fabulae palliatae), les costumes sont grecs : pallium , tunique et manteau ; chlamyde, casaque, tunique pour les femmes.

Pour les pièces de sujet romain (fabulae praetextae ; fabulae togatae), les costumes sont romains : toge pour les hommes libres, tuniques pour les esclaves, manteau pour les voyageurs, tunique, robe ou manteau pour les femmes, manteau bigarré du leno , fichu jaune de la courtisane ...

Dans les tragédies, l'acteur incarne les dieux et les héros et porte des costumes somptueux, d'une richesse proportionnelle à la qualité du personnage qu'il représente. Mais son costume ne lui appartient pas : il est fourni par le dominus gregis ou même par de riches particuliers, comme Lucullus, par exemple.

Les perruques (blondes pour les jeunes gens, blanches pour les vieillards, rousses pour les esclaves), les fards et les masques symbolisent l'âge, la situation et le caractère de personnages de convention.

Masque de théâtre.

Fresque de Pompéi. Naples, Musée archéologique.

Source : Antonio Varone et Erich Lessing, Pompéi, Ed. Terrail, Paris 1995, p. 50.

Les costumes, les perruques et les masques haussent et élargissent des personnages qui doivent être vus de loin et se détacher sur un mur de scène immense et très lourdement chargé, les rendant plus visibles et reconnaissables.

 

11. Le jeu de l'acteur

Tout comme les costumes et le maquillage, le jeu de l'acteur est strictement codifié. Les nombreux traités écrits à ce sujet, soit par des acteurs (comme Roscius), soit par des théoriciens (comme Pline l'Ancien), nous sont partiellement conservés par les citations qu'en fait Quintilien (surtout le livre XI de l'Institution Oratoire).

On distingue 5 sortes de jeu : le jeu de la voix, le jeu du visage , le jeu des mains, le jeu du corps et la démarche.

 

12. Le décor et la machinerie

Comme tout le reste, le décor est, lui aussi, strictement codifié.

On distingue trois sortes de décors :

Il y a trois sortes de scène : la tragique, la comique, la satyrique. Leurs décors sont différents en ce que la scène tragique a des colonnes, des frontons élevés, des statues et tels autres ornements qui conviennent à un palais royal. La décoration de la scène comique représente des maisons particulières avec leurs balcons et leurs fenêtres disposés à la manière des habitations ordinaires. La scène satyrique est ornée de bocages, de cavernes, de montagnes et de tout ce que l'on voit dans les paysages peints.

Le décor varie peu d'une pièce à l'autre, parce que le principal décor est fixe : c'est le mur de scène. Son ornementation toujours plus lourde répond à deux objectifs : faire voir la générosité du donataire des Jeux et fabriquer l'illusion, selon un code très précis.

C'est dans la technique et la machinerie que les Romains innovent.

Les Romains reprennent et développent les techniques mises au point par les ingénieurs grecs et inventent des grues et trappes, pour faire descendre des dieux du ciel (d'où l'expression latine : deus ex machina ) ou monter des fantômes du monde des morts, ils créent des truquages et des décors à double-face (versatiles )...

Le public romain raffole de ces réalisations féeriques.

 

13. La mise en scène

Le développement du théâtre latin est très rapide mais ne dure pas. L'âge d'or du théâtre latin se concentre sur le 2ème siècle av. J.-C.

Pour plaire, il n'y a pas besoin d'inédit ! Du 4e s. av. au 4e s. apr. J.-C., ce sont toujours les mêmes types de spectacles qui ont du succès (fables mythologiques avec musique et danse), qui mettent en scène les mêmes sujets (Hélène, Enée, Andromède et Persée, le jugement de Pâris ... ). Il faut du sensationnel ! Les nouvelles possibilités techniques données par le développement de la machinerie engagent le spectacle dans le spectaculaire. La mise en scène finit par prédominer, jusqu'à rejoindre, dans son réalisme, les spectacles donnés dans d'autres cadres. Déjà lors de la dédicace du théâtre de Pompée, la représentation du Cheval de Troie avait été l'occasion d'une véritable procession triomphale. Le phénomène s'accentue jusqu'à la dérive. A la dernière scène du mime, l'acteur est remplacé par un condamné à mort, supplicié devant le public pour représenter en vrai, comme à l'amphithéâtre, les morts des épisodes légendaires : Penthée déchiré par les Bacchantes ou Hercule brûlé vif ... au grand plaisir d'un public populaire peu porté sur les exhibitions littéraires.

 

14. La musique

Le rôle de la musique est essentiel dans le théâtre latin. Comme un opéra aujourd'hui, une représentation scénique est inconcevable sans accompagnement musical : un musicien professionnel compose ouverture, intermèdes et accompagnement sur les vers du poète. La musique est exécutée par les tibicines (joueurs de flûte) sur deux flûtes (tibiae), l'une de ton grave (dextra), l'autre de son aigu (sarrana) ou sur des flûtes doubles, graves et aiguës. Le ton est choisi en fonction du rôle, le grave et l'aigu soulignent les dialogues entre pères et fils dans les comédies (ce qui explique les échanges de répliques très rapides). La musique ne fait que croître en importance dans les représentations théâtrales. Sous l'Empire, on voit apparaître de nouveaux instruments dans la pantomime, formant de véritables orchestres : syrinx, lyre, cithare, trompette, orgue.

 

15. Le public

Le public se divise : se constituent deux publics et deux types de théâtre.

a/ Le grand public

La scène romaine populaire privilégie le "grand spectacle", la mise en scène fastueuse, extravagante et fantastique, l'exhibition de toutes espèces d'animaux rares... Le texte est évacué. Sous Auguste, la comédie n'existe plus et la tragédie ne se joue plus. On aime des spectacles comme ...

- l'atellane (originaire d'Atella en Campanie) : une courte farce, improvisée par des acteurs portant un masque, incarnant des personnages de convention : Maccus, Bucco, Dossenus, des êtres monstrueux : Manducus (= l'ogre) et Lamia (l'ogresse) etc.

- le mime, spectacle de danse, qui met en scène des sujets légers, voire scabreux ; c'est le seul spectacle où jouent des actrices, souvent assimilées à des prostituées

- la pantomime, spectacle typiquement romain, ballet à sujet mythologique, de tonalité tragique, comportant un acteur , un orchestre et le choeur.

Les auteurs de pantomime ne gardent des tragiques que les parties chantées, épargnant ainsi au public l'ennui de l'histoire. Plutarque nous dit: "Les spectateurs ne viennent pas à la pantomime pour entendre des mots". (Questions de Banquet, 748 c)

La pantomime ne pouvait que plaire : elle touche les émotions brutes ; sans texte, elle est accessible à tous, y compris un barbare qui ignore le latin et le grec. Elle est l'un des véhicules simples de la romanisation dans les provinces.

b/ Le public des lettrés

Dans les cercles privés des aristocrates lettrés parallèlement se développe un théâtre littéraire : on se met à récrire des pièces pour l'élite hellénisée, sans souci de leur réception par le grand public.

L'habitude des lectures publiques (introduites déjà par Asinius Pollion au Ier s. av. J.-C.) s'étend, sous l'Empire, à la tragédie. A cet usage, les puissants construisent chez eux de véritables salles de théâtre privées, avec une scène, une orchestra, des chaises pour les auditeurs et des gradins au fond pour les clients.

L'apparition et le développement des pantomimes et des recitationes est simultané, mais la conception qui transparaît dans ces deux formes de spectacles est diamétralement opposée, tant du point de vue idéologique que du point de vue esthétique.

Les Romains ont largement répandu leur mode de vie dans les pays qu'ils ont conquis, et l'on retrouve des théâtres ou des amphithéâtres tout autour de la Méditerranée, et jusqu'en Allemagne ou en Grande-Bretagne actuelles.

source : http://latinistes.net/latin/histoire/theatre/

Mathilde Martel et Pauline Vasseur en 2004.